13 mars 2015
12 mars 2015
La librairie est morte, vive la librairie !
L'association LIL est partenaire depuis trois ans du Challenge de la veille. Ce discours a été prononcé lors de la finale de l'édition 2015, à l'IUT Nancy-Charlemagne, le jeudi 5 février 2015.
Auteur : Marie-Pierre REIBEL, coordinatrice de l'association LIL
***
Dans un récent discours
intitulé Pourquoi notre futur dépend des bibliothèques, de la lecture et de l'imagination, l'écrivain Neil Gaiman a déclaré
que « les bibliothèques sont la ligne rouge entre la
civilisation et la barbarie ». La lecture est en effet
fondamentale dans le développement de l'individu. Elle ne sert pas
uniquement à lui permettre de se constituer un bagage intellectuel,
non, elle va également lui permettre de développer sa compréhension
du monde, son empathie, sa compassion et son imagination. Son
imagination. C'est à elle que l'homme doit de disposer aujourd'hui
de voitures, de téléphones, d'avions qui font le tour du monde en
24 heures et d'ordinateurs qui transmettent des informations en temps
réel. Toutes ces choses ont d'abord été des idées, des rêves,
avant de devenir des projets concrets. Les romans de Jules Verne
n'étaient que des romans au moment de leur parution. Un siècle plus
tard, l'homme a marché sur la lune. Et l'imagination ne sert pas que
la technologie. Les philosophes des Lumières œuvraient pour le
progrès du monde. Leurs idées ont été déterminantes dans les
grands événements de la fin du XVIIIème siècle que
sont l'indépendance des États-Unis et la Révolution française.
Les livres ont un pouvoir. Et les livres restent.
M Gaiman a donc raison de
souligner l'importance des bibliothèques mais il a oublié un point
crucial : les librairies font partie intégrante de la « ligne
rouge ».
En France, les librairies
indépendantes constituent un réseau unique au monde de plus de 3
000 points de vente qui emploient plus de 18 000 personnes. C'est un
secteur en difficulté mais dont l'attrait est véritable. Une
librairie ferme, une librairie ouvre. La librairie est morte, vive la
librairie. Et il n'y a pas deux magasins identiques. Chacun a son
identité propre, son petit truc en plus. Plus que des commerces, ce
sont des lieux de vie et d'échanges. On pousse la porte et on s'en
va traîner dans les rayonnages, choisissant un livre au hasard d'une
couverture pour en lire le résumé. Si on se perd, le libraire est
tout près pour servir de guide. Et même quand on n'avait pas
l'intention d'acheter, on ne repart pas forcément les mains vides.
La curiosité y a toute sa place.
On nous dit que notre
culture doit désormais passer par des écrans. On nous parle du
livre numérique, de tablettes et de liseuses. On nous parle moins
des problèmes posés par les différents formats des fichiers,
lisibles sur certaines machines et pas sur d'autres. On nous parle
moins des problèmes posés par les protections apposées sur ces
mêmes fichiers pour éviter le partage ou le piratage. Une chose
reste sûre cependant, c'est que le papier fait de la résistance et
que les librairies, que l'on croyait mortes, sont toujours là.
Au-delà de son contenu, l'objet lui-même conserve son attrait – y
compris auprès des jeunes.
On nous dit qu'Internet
s'est imposé dans les foyers. On nous parle de la vente en ligne.
C'est d'ailleurs toujours le même nom qui revient : Amazon. La
société américaine qui a mis en place un site pratique, rapide,
moderne, le chouchou des Français. Mais aussi la société qui ne
paye pas d'impôts en France, toute réfugiée qu'elle est au
Luxembourg ; qui a bénéficié de financements publics pour
l'ouverture de ses entrepôts sur le territoire français ; et
qui détruit plus d'emplois qu'elle n'en crée. Pourquoi penser que
les libraires indépendants ne peuvent pas vous rendre les mêmes
services tout en vous permettant, à vous, lecteurs, d'agir à votre
niveau pour préserver des emplois et des commerces de proximité ?
Savez-vous seulement si votre libraire est connecté ?
Connaissez-vous les sites lalibrairie.com, leslibraires.fr ou
placedeslibraires.fr ? Tous ces sites vous permettent d'acheter
en ligne chez des libraires indépendants de la France entière.
Les librairies ne sont
pas de simples commerces, elles sont aussi les gardiennes de cette
diversité culturelle si chère au cœur des Français. Une diversité
menacée, entre autres, par les ambitions de monopole de certains
grands acteurs bien connus, qui veulent prendre toute la place, qui y
parviendront si nous les laissons faire, et finiront par ne plus
vendre que ce qui se vend, au détriment du reste. Il n'y a pas de
mal à vendre des best-sellers. L'économie du livre est ainsi
faite que l'argent qu'ils génèrent permet de financer d'autres
titres. Le problème se posera quand il n'y aura plus que des
best-sellers sur les étagères.
C'est maintenant à vous
de réfléchir et de choisir ce que vous voulez préserver et
défendre. Quelle place voulez-vous accorder au livre et à
l'imagination dans le monde de demain ?
11 mars 2015
Les petits champions de la lecture 2015
Les petits champions de la lecture, c'est un concours national de lecture à voix haute à destination des écoliers de CM2. Les enfants sont invités à lire en public un court texte de leur choix pendant 3 minutes maximum, extrait d’une œuvre de fiction.
Le jeu est organisé en quatre étapes : le meilleur lecteur d’un groupe participe à une seconde étape à l’échelle locale, puis à une demi-finale à l'échelle régionale et, pour 10 chanceux, une grande finale nationale à la Comédie-Française. Timothée de Fombelle et Guillaume Gallienne sont les parrains de cette troisième édition.
La seconde étape, la demi-finale départementale, se tiendra :
Mercredi 18 mars
à partir de 15h00
à la librairie Hisler-Even
3 mars 2015
Le numérique en librairie : l'impasse programmée ?
Il existe de nombreux verrous au développement de la librairie numérique indépendante. Listons-les.
Le Kindle
La stratégie d’Amazon est simplissime :
- Avec un format propriétaire, l’entreprise verrouille son système.
- Des campagnes de prix agressives permettent ensuite de recruter des lecteurs.
Note : Il n’est pas interdit à un distributeur de proposer le format Mobi. Mais combien de lecteurs vont sortir de l’écosystème Amazon : s’ennuyer à commander sur un store et transférer ensuite le fichier par un cable USB sur leur Kindle ?
IOS : iPad, iPhone
Le système est apparemment plus ouvert mais avec un droit d’entrée impossible à honorer. Apple prend 30% sur toutes les ventes soit autant que la marge brute du revendeur.
Le libraire peut bien proposer une application mais seulement de lecture.
Androïd
Le système a fait rêver le monde entier... pour arriver à une situation similaire à celles des deux concurrents : sur les appareils équipés d’Android 4.0 ou version ultérieure, les applications système Google Play sont préinstallées. Google avertit : « Sachez que la désactivation d’une application intégrée peut entraîner le dysfonctionnement d’autres applications. Les données associées à cette application seront également supprimées. »
Adobe
Alors que les 4 pures players reçoivent les fichiers des distributeurs et peuvent installer leurs propres systèmes de protection, les autres acteurs sont en webservice et dépendent d’Adobe qui propose un système hors de prix et qui fait fuir les clients.
Le résultat
Amazon, Apple, Kobo (avec la FNAC) et Google détiennent 85% du marché.
Les nouveaux pures players et les librairies indépendantes appuyées par leurs prestataires informatiques se partagent des miettes.
La tendance à la désintermédiation
La désintermédiation est une tendance de fond. Il y a une alliance de facto entre les grands acteurs du numérique et les consommateurs pour se passer des intermédiaires économiques. Aujourd’hui, de nombreux secteurs sont touchés : presse, édition, hôtellerie, taxi....
En quelques années, on assiste à la naissance de géants mondiaux, de véritables rouleaux compresseurs qui écrasent les prix et la concurrence, mais aussi les emplois, les taxes. Prenons, l’exemple d’Uber. Cette société a lancé son application sur Androïd et IOS en 2010 à San Francisco. Elle est déjà présente dans 51 pays. Après la dernière levée de fonds, elle est valorisée à plus de 41 milliards de dollars.
Donc exit les chauffeurs de taxis comme les libraires. Exit le paiement des charges et des taxes. Vive la société du partage... et le retour des taxes féodales payées à des sociétés qui ont pu s’imposer en quelques années grâce à des levées de fonds gigantesques.
Le projet d’Amazon s’inscrit dans ce cadre. Après avoir tué la librairie indépendante dans de nombreux pays, le prochain objectif est bien de se passer des éditeurs et des diffuseurs. A l’heure du numérique, de la mondialisation et de la financiarisation de l’économie, de la réforme du droit d’auteur (en cours à l’échelle européenne), ce devrait être rapide. On verra alors si certains distributeurs diront encore : « les libraires avaient un boulevard devant eux. Ils n’ont pas su construire à cause de divisions ».
Y-a-t-il encore un espoir pour la librairie indépendante ?
Le poids du livre numérique est de 2%. Ce qui est rien. Certains acteurs rêvent M03T. Il existe encore des sociétés comme Booken, Pocketbook. On peut aussi espérer que les distributeurs français arrêtent les DRM Adobe. Le WATERMARK est bien plus efficace pour empêcher la diffusion des fichiers. Et le WATERMARK est bien une protection.
« Avec Internet, le libraire devient bibliothécaire, documentaliste, journaliste, médiateur et commerçant » , c’est l’intitulé de la tribune que j’ai signé en octobre 2010 dans Livres hedbo. Depuis 8 ans, je n’ai cessé d’expérimenter de nouvelles formes de médiation sur Internet qui passent par une amélioration de la structuration des données, l’enrichissement et la personnalisation des contenus, et la scénarisation des catalogues. Il n’y a qu’à consulter les catalogues proposés par Amazon, Apple et Kobo pour voir qu’il y a de la place pour cette démarche MAIS A LA CONDITION que la librairie indépendante trouve un accord avec Booken et Pocketbook pour proposer le lecteur à prix compétitif et que le lecteur puisse télécharger directement sur la liseuse sans que de l’autre côté le libraire soit ruiné par les frais d’affiliation aux différents intermédiaires.
(Source : www.bibliosurf.com / Auteur : Bernard Strainchamps)
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